Pff
A la moindre brise
Tu perds un peu de ta parure,
Tes aigrettes se dispersent
Aux quatre vents.
Pff
En te délitant,
Tu fécondes à l’infini
Les champs verdoyants.
Tes minuscules flocons d’étoiles
S’envolent dans le ciel
Et constellent l’azur
D’une pluie opaline.
Pff
Pris au jeu,
Je recrée
De mon souffle
Ce tableau évanescent
T’as pas de veine
T’es victime
De la persécution humaine
De l’appétit féroce
De ces bouffeurs de salades
Tes feuilles
On les assaisonne
On les hache menu
On les dévore
Jamais on ne te laisse tranquille
Puis quand ces croquants voraces
De vieillesse succombent
Ils viennent d’outre tombe
Te sucer le rhizome
Bouffer
Quelle guigne
Les pissenlits par la racine
Quelqu’un a gravé mon prénom
A côté de celui de Pauline
Sur le mur du lycée
Tous ceux qui franchissent le portail
Vont penser
Qu’on sort ensemble
Que je suis amoureux d’elle
C’est faux
Ca ne risque pas d’arriver
Je peux vous le certifier
Vous la connaissez
Cette crâneuse
Qui fait sa maligne
Qui est maniérée
Comme une actrice de cinéma
C’est pas mon genre
Et puis autant le dire
Elle est moche
Avec ses petits yeux de souris
Et ses lèvres pincées
Elle me fait pas flasher
Mais alors pas du tout
C’est une évidence
Je préfère Estelle
J’aimerai bien sortir avec elle
Je pense à elle
Tous les jours
Quand elle va voir mon nom
Accoler à celui de cette enquiquineuse
Elle va plus me regarder
Je vais être grillé
Et tout sera à recommencer
Moi qui suis pas trop dégourdi
C’est pas encore demain
Que j’irai au cinéma
Avec une fille au bras
J’ai des doutes
Sur la réalité de mon être
Ne suis-je pas l’avatar
D’un informaticien
L’androïde d’un scientifique
Qu’il va détruire
Quand il aura créé
Une version plus performante
Un robot
Fait de chair
Auquel on aurait greffé
Une conscience
Et qu’on observe méthodiquement
Ne suis-je pas un hologramme
La projection onirique d’un rêveur
Qui retournera au néant
A son réveil
Je ne vais me laisser faire
Je vais réagir
et me défaire
de ces liens pesants
Je vais aspirer
Capter
Leur souffle de vie
Et c’est eux
Qui disparaîtront
A jamais
Dans le tourbillon
De l’abîme
Je serai alors
La seule réalité
De ce monde
D’illusions